06 septembre 2010

Martin Banville

La vérité est un pays sans chemins

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Vacuité! Cuite, ou double...

Par martin banville, à 18h01 dans Générale | 0 commentaire
Etat d'être ou état de fait, état des choses, état d'âme, état d'esprit ou encore état tout court, cru, cuit, simple ou double...avec des glaçons! Surtout des glaçons. Nous devons, ici, rester la tête froide. Nous devons considérer les êtres et les choses avec une distance qui nous permet d'échapper à leur emprise. Mais cette distance, de quoi est-elle faite, de quoi se compose-t-elle, comment est-elle pavée, quelle longueur peut-elle bien avoir, est-elle jonchée d'obstacles, de paysages, de décorations? La peut-on parcourir, enfourchant un cheval de fer ou de viande, mais cheval tout-de-même, bête à quatre pattes lancée, mors aux dents, écumante et haletante, le coeur ronflant, rugissant ses chevaux vapeur, l'oeil fou, perçant, braqué sur un but dont les contours se brouillent tellement l'effort provoque le tremblement de tous les sens...Je fume. Je fume des cigarettes. La peinture est en train de sécher. Je sèche aussi. Mon verre est rougi de vin séché. Sur le bord du verre, l'empreinte de mes lèvres. Miasmes séchés. Sécheresse. Tout sèche. Je fume. Toux sèche. Les glaçons, c'est pour le scotch. Le scotch c'est pour la tête froide. La tête froide, c'est pour contempler la vacuité. Cuite, elle passe moins bien. Double, elle l'est toujours déjà, sans fin. Entre nous, les êtres et les choses, des interstices. Dans ces espaces, aussi petits soient-ils, le vide, le pied perdu, la langue inutile. Je ne crois pas devoir mettre une autre couche de peinture sur le mur. Mon oeil n'y verra que du feu. Je ne crois pas devoir boire un autre verre. Le rouge du vin roue le devin et gare à moi si le vin ne devint divin car alors la vacuité échapperait à ma conscience et je serais doublement cuit. Je fume, je fume des cigarettes et le cheval broute entre l'ici/maintenant, les êtres et les choses. Maurice Druon est mort, retourné à la vacuité qui, tant pis pour lui, parle avec l'accent déflaboxé de ma langue. L'heureux homme, désormais, broutera les pissenlits par la racine avec mon cheval déchiquetant sans fin les pâquerettes du sens altéré. Ils feront bon ménage: la vacuité le leur permettra. Elle permet d'ailleurs tout, pourvu qu'on la laisse tout envahir, ce qu'elle fait, effrontée, obscène, provocante devant nos yeux au regard vitreux comme le verre cheap de nos thumblers pleins de scotch...sur glace, pour la tête froide, pour la distance entre les êtres et les choses et nous et...