
Haïti. Pour l'avoir tenue dans mes bras et pour l'avoir laissée entrer en moi par le sombre de l'oeil, la musique cassée des voix, le cuir luisant des peaux parfumées de vanille, pour en avoir été ensorcelé, pour en avoir goûté le suc des rêves, rampant dans ses cavernes sacrées, pour m'y être évanoui, emporté au creux de nos origines à tous...Pour y avoir connu l'innocence sourde et la magie éperdue, pour en avoir croqué les sourires et habité des ventres affamés, pour sentir encore sur mon visage l'empreinte des petites mains d'enfants authentiques. Pour tout ça. Pour cela j'appelle sur Hispanola une paix jamais encore survenue, jamais encore inventée. J'appelle une voix, celle-là du fond de la Terre à se faire entendre des nantis et des puissants: ce qui atteint le plus fragile d'entre-nous nous atteint aussi. Car les larmes versées là-bas sont aussi nos larmes, les os broyés sont nos os, les coeurs ravagés sont nos coeurs, les hommes anéantis sont nos frères, les femmes démembrées sont nos soeurs, les enfants axphyxiés ou affamés sont nos enfants. Hispanola a tremblé pour que nos âmes s'éveillent. Comprendrons-nous enfin qu'à tout moment les voix de la Terre peuvent intimer à la mort d'ouvrir ses mâchoires et de nous broyer tous avec la force de tonnes de béton écrasant nos cages thoraciques et répandant notre sang et avec lui l'essentiel de nos histoires? Oui! Mourons nous aussi avec nos frères et nos soeurs haïtiens, noyons-nous avec nos frères et nos soeurs d'Asie ,soyons baillonnés et entravés comme nos frères et nos sœurs Palestiniens, soyons hachés avec nos frères et nos soeurs Rwandais, soyons asphyxiés avec nos frères et nos soeurs Juifs! Nos abris et nos masques dorés ne servent qu'à nous torcher la conscience. La liberté et le bonheur ne sont concevables que dans l'empathie. Hispanola a tremblé. La Vie a parlé. Malgré tout. Malgré nous.
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