D'autant plus que les discours, les voix, les langues sont multiples, qu'ils s'élèvent tous de manière simultanée, vingt-quatre heures par jour et trois cent soixante-cinq jours et des poussières par année. Tout ça crée un bruit uniforme comme des dunes de sables balayées par le vent. On ne distingue plus les voix de la musique, la musique des bruits, les bruits du vacarme, le vacarme de la saturation absolue...et c'est ça le vent, et c'est ça le désert. Plus rien que le sentiment d'être une anomalie dans cet espace.
Une anomalie. Une chose qui diffère. Un élément supplémentaire. La vis qui reste une fois que la machine est achevée. L'écrou qui n'a pas su quelle vis s'enfiler. Le lock washer sans contrainte, laissé là, sur le coin de la table. La table. Dans le désert de la cuisine. La cuisine dans le désert de la maison. La maison dans le bruit blanc de la ville, la ville dans l'incohérence du pays, le pays dans l'enchevêtrement humain d'une planète. Une planète égarée dans une galaxie qui a le bras long. Une galaxie invisible dans les amas galactiques de l'univers. L'univers probablement parent pauvre de tous les autres univers empilés les uns sur les autres, les autres sous les uns et probablement aussi, les uns DANS les autres...
Après on s'émeut d'une voix qui crie dans le désert.
S'il y avait à s'émouvoir, ce ne serait pas de la voix mais du désert. C'est impressionnant le désert. C'est plein et vide à la fois. Comme l'univers. Comme la Galaxie. Comme la Terre. Comme le pays, la ville, la maison. Comme nous.
Je suis la voix qui crie dans le désert: "Pourquoi parquer des voitures dans les arbres?"
Personne n'a répondu. Personne n'a entendu.
Le désert.




















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