Martin Banville est un artiste peintre québécois immigré en France et habitant Colmar depuis 2007. Diplômé de la Faculté des Arts et des Sciences de l'Université de Montréal, adjoint à l'enseignement au Département d'Arts Plastiques et enseignant à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) dans le cadre de formations d'artistes créateurs en multimedia de 2001 à 2005, il a travaillé comme peintre de scène et concepteur de décors de théâtre et de productions vidéographiques au long des années 80 et 90. Il a rejoint la Maison des Artistes en France depuis septembre 2008.
A une longue démarche picturale reposant sur la pratique et le développement d'une gestuelle méditative et sprirituelle du trait et de la recherche du volume et de la profondeur par la couleur permettant d'explorer intuitivement et librement l'idée d'une rencontre insondable de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, s'est parallèlement greffé le projet de montrer l'état exomorphe de l'être humain en lui faisant porter son intériorité à même l'épiderme donnant ainsi à voir les aspects émotionnels, passionnels, angoissants et étranges de celle-ci. Le travail de l'artiste a pour but ultime, ici, de dévoiler des aspects habituellement tus, dissimulés mais inhérents à la nature humaine, libérant ainsi un inévitable onirisme aux multiples symboles, confinant au fantastique, tout en y relativisant le tragique et la violence par une facture bédéiste rappelant parfois le tag urbain, rejoignant une certaine quotidienneté.
Toutefois, la figuration et le sentiment du “connu” que cette dernière procure doit céder le pas, progressivement, à un glissement dans des mondes, des univers différents et donc dans “l'inconnu”. A ce titre, le rôle de la couleur est capital car celle-ci a, à la fois la fonction de catalyseur du sens et de support physique et de ce fait est à la fois le signifiant et le signifié . Le regardant est convié à faire et à refaire l'expérience de la perception sans être conduit par un mode d'emploi du regard et de l'interprétation autre que le sien propre. Il n'est soumis à aucun code de signification intégré à l'oeuvre qui se présente à lui. L'intention de l'artiste est simple et détachée: sa sensibilité, l'acuité de son regard et ses techniques longuement développées sont mises à la disposition du mystérieux désir d'expression universel.
J'ai été expulsé.
Non sans mal raconte-t-on, du ventre d'une mère veilleuse, le quinze du mois de novembre mille neuf cent cinquante-neuf. Il faisait beau ce jour-là, il faisait chaud, chose inhabituelle à cette époque de l'année à Montréal.
J'ai été expulsé de l'école maternelle.
J'ai aussi été expulsé de l'école primaire.
Grâce à mon pédiatre qui était contre l'idée de l'administration abusive de Ritalin, j'ai pu dessiner et modeler de la plasticine quasi impunément au lieu de m'investir dans l'apprentissage des mathématiques.
Je n'ai pas été expulsé de l'école secondaire ni du collège d'enseignement général et professionnel où l'on nous parquait pour éviter la bousculade aux portillons de l'université.
J'ai fait du théâtre et des décors de théâtre. Ca a duré un bout de temps. De l'âge de 16 ans à l'âge de 27 ans. J'aimais ça.
J'ai aussi cumulé toutes sortes de petits boulots.
C'est bien d'avoir un peu de fric pour fricoter.
On m'a donné un diplôme de la Faculté des Arts et des Sciences de l'Université de Montréal. On a écrit dessus: Etudes Françaises. Tout ça, c'est de la littérature...
On aurait dû mettre aussi, pour faire authentique, études en Arts Plastiques, en Philosophie, en Sociologie, en Ethnologie, en Architecture.
J'ai toujours touché à tout dans les magasins. Seule ma mère savait me suivre de loin.
Un de mes profs était sculpteur bien connu en Amérique du Nord. Il réalisait des projets monumentaux qui alliaient l'art et l'architecture. Il m'a engagé, d'abord comme auxiliaire d'enseignement et plus tard comme aide pour travailler sur ses sculptures. J'aimais ça.
A cette époque j'ai fait des expositions de groupe, à l'UdeM et des expositions solo. Des gens, propriétaires ou conservateurs de galeries d'art se baladaient dans les grandes écoles pour découvrir de nouveaux talents. J'aimais ça.
J'avais deux copains assez déjantés, rencontrés lors de mes études au Pavillon Mont-Royal (le département d'Arts Plastiques de l'Université de Montréal), qui s'intéressaient à la vidéo d'art. Nous sommes au milieu des années quatre-vingt...On en a fait beaucoup. Des décors, des costumes, de la mise en scène, du montage en ligne. J'aimais ça.
Après, on a eu deux enfants. Je suis allé travailler. Construction, contrats de fabrication de costumes spéciaux pour des shows de compagnies de danse, des décors pour des productions vidéo et autres boulots, notamment dans un musée ethnologique de Montréal. Un peu plus tard, en mille neuf cent quatre-vingt dix-sept, j'ai eu mon premier emploi sérieux. Responsabilité, fric, avantages sociaux. Ca a duré douze ans.
Entretemps, Un gars que j'ai connu à l'époque où nous n'avions pas peur de passer pour idiots et qui avait fondé un petit centre d'accès pour artistes voulant toucher la vidéo m'a téléphoné pour me proposer de donner un cours d'approche de la création pour des étudiants finissants en Communication option multimédia de l'Université du Québec à Montréal. J'ai dit oui. Dans mes mains ça ressemblait à du tutorat. Les étudiants, eux montaient un grand show multimédia où le grand public était convié. Ca a duré quatre ans. J'aimais ça.
Malgré la distance que j'ai dû prendre par rapport au monde de l'art, je n'ai jamais cessé de poursuivre une démarche de création.
Mon approche est à priori intuitive.
Elle repose sur l'aspect méditatif inhérent à une gestuelle qui s'exprime dans le trait et la couleur. Ca c'est pour les travaux abstraits.
Le figuratif, c'est autre chose: les techniques développées dans l'approche abstraite permettent d'illustrer l'idée que l'être humain porte ses intérieurs à même son épiderme. Cela suffit à lui faire porter toutes sortes d'univers comme on fait porter à une Barbie toutes sortes de fringues. Parfois c'est rigolo. D'autres fois c'est triste. Ca peut aussi être effayant. Comme l'est l'espace de la liberté. La liberté épouvante l'esprit. J'aime ça.
Je continue.
Je ne vis plus à Montréal. Je suis parti de là. Maintenant j'ai un atelier et j'y fais du dessin et de la peinture.
Je vieillis.
C'est une bonne idée de faire de la peinture.
C'est une bonne idée d'écrire. J'ai eu cette idée très tôt dans ma vie. Tant mieux, j'aime ça.
Il y a pas mal de choses à vendre dans la galerie. D'habitude, je préfère troquer. Mais puisqu'il faut faire un métier...Je suis artiste-peintre.
Pour vous servir.
Colmar, février 2011 (dates à communiquer ultérieurement)